Réflexions du service Vox Ethica sur la loi spéciale relative au génie génétique

En juillet 2025, le service Vox Ethica de l'Église catholique a pris part à la consultation relative à la loi sur les nouvelles technologies de sélection.

Pour elle, il est clair que les considérations éthiques doivent également tenir compte des impacts environnementaux. En tant qu’organisme catholique, elle s’appuie sur l’encyclique Laudato Si’ ( 2015) du pape François, qui met l’accent sur la responsabilité et le respect des chrétiens envers la création. Pour relever les défis de notre époque, François préconise une approche holistique et durable qui va au-delà des solutions purement technologiques.Cette approche suppose un développement qui tienne compte de tous les aspects du développement humain, et pas seulement des aspects économiques.

En ce qui concerne la loi spéciale sur le génie génétique, Vox Ethica exprime plusieurs réserves :

  1. Elle se montre globalement sceptique quant à la faisabilité de deux filières parallèles de production et de distribution pour le maintien d'une agriculture sans OGM et réclame une réglementation plus claire concernant la séparation des flux de marchandises envisagée.

  2. D'un point de vue écologique, il faut tenir compte du fait que toutes les interventions génétiques peuvent avoir des conséquences imprévisibles ou des interactions indésirables sur l'environnement. Il convient donc de protéger la nature et de respecter le principe de précaution.

  3. Les effets de la consommation de produits génétiquement modifiés sur la santé à long terme des consommateurs devraient également être prises en compteafin d'obtenir une analyse complète des risques.

  4. Elle estime également elle juge également insuffisante la mention « issu de nouvelles techniques de sélection ». En introduisant cette appellation, la loi crée une nouvelle terminologie qui vise à contourner le moratoire sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), alors qu'il s'agit bien de ce dont il s'agit en réalité.

  5. Les conséquences négatives du brevetage des semences sur la sécurité alimentairedoivent être prises en compte.

En effet, le recours à des techniques que seul un petit nombre de spécialistes maîtrise à l'échelle mondiale soulève inévitablement la question du brevetage des semences et de la concentration du marché entre les mains d'une poignée de grands groupes agroalimentaires. Ces nouvelles variétés issues du génie génétique feront l'objet d'une commercialisation et d'un brevetage lucratifs. Il est difficile d'imaginer les répercussions que l'apparition de ces plantes « sur mesure » aurait sur l'agriculture et, en particulier, sur le coût d'utilisation de ces nouvelles semences. Cela aurait pour conséquence d'aggraver encore les inégalités dont souffrent les plus démunis.

En fin de compte, pour le service Vox Ethica, la ligne rouge réside dans le caractère irréversible des modifications génétiques. Étant donné que ces modifications se transmettent à la descendance, il est difficile d'autoriser une technique peut-être prometteuse, mais incertaine, dont tous les risques ne sont pas encore maîtrisés. Le projet de loi actuel ne respecte pas le principe de précaution inscrit dans la Constitution.

Même si les techniques modernes de génie génétique permettent des progrès en matière de résistance au climat ou aux parasites, comme le prévoit le projet de loi, ces avantages peuvent néanmoins s'avérer néfastes à long terme ou, à tout le moins, présenter des risques élevés. Par exemple, une plante qui produit des insecticides grâce à une modification génétique favorise en même temps la résistance des ravageurs à ces insecticides et est potentiellement dangereuse pour les insectes d'autres espèces, ce qui perturbe l'équilibre écologique dans son ensemble.

Dans une perspective d'écologie holistique, qui tient compte à la fois des facteurs sociaux et écologiques, le service Vox Ethica rejette ce projet de loi et recommande le maintien du moratoire actuel. Il défend la vision d'une agriculture qui tienne compte des spécificités de la Suisse, qui prenne en considération les personnes et qui soit socialement acceptable et durable. La production alimentaire doit se mettre au service du bien commun et de tous les êtres vivants.

Sur la base de la prise de position de Florence Quinche et Florian Lüthi, Vox Ethica, service de l'Église catholique romaine

https://www.bischoefe.ch/gremien-und-dienstellen/dienststelle-ethik-und-gesellschaft/

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